moi

 

 

 

 

La légende de la sirène rouge, et de l’émir fétide.

 

Avant
d’être reconnue et légendée comme la sirène rouge, elle vivait sur un bord de mer parmi les micmacs du sud. Une femme très belle. Mais, sans doute sont-elles toujours toutes très belles dans les légendes. Alors, je demande à voir… Elle s’appelait Louise Tusèquisé.

Elle chassait la perle orange dans des eaux froides du sud du sud, aux bords de la fosse des noisettes. Elle mesurait un mètre soixante trois. Des yeux et cheveux noir d’encre, nuque épatante et nez épaté. Un corps profilé pour la glisse aquatique avec des jambes élastiques fibrées de muscles, poumons et ventres machinés à la perfection pour traiter la moindre goutte d’air qu’elle avalait cul sec avec triple carpe. Une peau cuivrée que les micmacs protègent du soleil et du sel avec une pommade d’ocre rouge fixée à l’urée. Un tatouage tutélaire. Dessin à leur mode, hors du temps, tout en géométrie brouillée de spirales et, circonscrit aux fesses. Lieu sacré, l’assise du désir mâle, tatoué quand seulement jugées-décodées callipyges par le chaman micmac. Le Grand Décideur et Réciteur du Beau.

Car les micmacs du sud pratiquent un animisme à la sauce esthétique dont la particule originelle, quantique et floue, est d’énergie poétique.

Louise chassait profond. Plus elle gagnait en profondeur, plus son cœur ralentissait. Elle glissait sans qu’aucune pression ne la dérange lorsque loin sous la surface, très loin.


Les perles
se cachent dans les noisettes : drôles de coquillages cubiques aux carreaux bleus de limule, avec sur 4 facettes 4 pieds palmés équipé d’yeux qui ventouse tout ce qui passe. Les deux facettes sans pied s’ouvrent en corolle. Elles créent un courant d’eau qui, selon quelques éminents biologistes, pourrait nourrir le coquillage.

Les noisettes n’existent, dit-on, que dans cette partie de la planète. Et, en petit nombre. Difficile de les voir comme de les attraper. Difficile et le plus souvent impossible. Leur stratégie de fuite et camouflage frise la perfection made in nature.

Pour chasser la noisette, il faut lui casser les pieds, les 4. Sinon elle reprend toujours pied, et bon-pied-bon-œil se taille les palmes en éventail à toute berzingue. Ventouse ceci ou cela qui passe dans ses parages. Les noisettes de la mer du sud du sud prennent la couleur d’abysse, et entre soi et rien elles se confondent avec le vide.

Les micmacs disent dans leur récitation mystique que les noisettes se nourrissent exclusivement des particules originelles présentes dans la mer, qui elles-mêmes nourrissent le monde, l’Univers, et au-delà de cet espace-temps d’autres âmes et divinités. Des particules poétiques, quantiques et floues. La noisette de ce fait, est l’être premier, un animal magique et sacré que seul un chaman vétéran peut consommer, en cachette. La perle synthétise l’énergie poétique du Beau.


 

En vérité,
dit la légende, seule Louise parvenait à distinguer les noisettes collées au « rien » et faire ce qu’elle devait faire pour les ramener en surface. Où, tous purent découvrir ce coquillage jamais répertorié.

Louise baptisa le coquillage du nom de noisette, parce qu’elle était gourmande du fruit. Et la fosse qui les abritait jusqu’à ce jour inconnue, en prit le nom.

En surface, le coquillage suffoque. Il baille pour laper un fond de bol d’air iodé. Pas de bol ! C’est bête, bouche bée, il meurt. Dedans, une perle orange. Au contact de l’air et de la lumière blanche du soleil, elle scintille jusqu’à devenir incandescente, se consumer et disparaître. Cette disparition s’accompagne de la libération d’une onde vibratoire sur un rayon de 4 pieds. Pour profiter de l’effet d’agonie, il faut donc être proche de l’animal.

Souffle d’énergie comme magique ? Peut perturber, envouter, rendre cui-cui. Ou pire : gnangnan, neuneu ou médiatique. Possible qu’avec sa dose quotidienne, massive, Louise abima ses chakras ? Ou sa raison ?


 

Très vite,
Louise Tusèquisé s’enrichit avec le fruit de sa pêche. Elle quitta son peuple et s’éloigna des récitations magiques et protectrices de son chaman fétiche et tonton, Nonsèpas. La côte du coquillage grimpa en flèche sur les marchés. Pour la chair exquise du mollusque, fruitée-salée avec un arrière-goût discret, de noisette, pour sa rareté et l’effet produit quand elle s’ouvrait, que la perle diffusait sa lumière, libérait sa magie, pour toutes ces raisons et d’autres dont le récit de la légende abuse par endroits, ce produit d’exception se vendait à des prix extraordinaires.

D’évidence, seuls des émirs, rois, pachas, footballers et dictateurs, gourous ou malfaisants habiles, purent consommer de la noisette des mers du sud du sud. On site souvent cet exemple d’un pacha au nom métallique de Nittal-khel. Il achetait ses noisettes par kilos à Louise, rubis comptant. Poids de rubis contre poids de coquillage.

Louise voyageait à tout va. Elle volait au-dessus des mers pour livrer en personne ce qu’elle soutirait des eaux profondes, car elle seule trouva et maitrisa parfaitement cette technique à part pour que le coquillage retarda son bâillement et, ne s’ouvrit qu’en présence de son acheteur fortuné et privilégié. Et elle se lassa de ses voyages. L’effet étrange de la noisette à l’agonie, à répétition, commença à transformer Louise. La muter. L’éloignement de son clan micmac la mina. Dedans, elle se sentait de mal en pis laide. Malgré les prières incessantes du chef chaman Nonsèpas. Il récitait tout ce qu’il pouvait, savait, jour et nuit, pour que la nature épargne Louise. Car, dit la « récitation des lumières fossiles », elle « enlaidit l’être quand il néglige trop la Poésie Quantique et Floue qui anime Tout et Rien » (dixit-sic mes sources micmac du sud).

Louise changeait tellement dedans, dehors…
Au début,
la plupart voyait là l’effet de l‘habitude, son corps qui apnée après apnée prenait le pli et repli de cet exercice. Parce qu’elle descendait plus vite, plus longtemps, plus loin, avec de moins en moins la nécessité de récupérer entre chaque plongée. Elle contrôlait de mieux en mieux ses muscles faciaux, trompes d’eustache et appareil respiratoire. Elle jouait à merveille de son « blood shift » et maitrisait à la perfection son sonar intime.

Et, par endroits, lui poussait… des chairs ou du cartilage ? Des nageoires ? Ses narines tournaient branchies. Des peaux lui poussaient entre les doigts et orteils des pieds. Chaque nouveauté participait à de meilleures performances sous marines. Elle s’engraissait pile poil comme cela lui manquait. Son sup de gras soignait ses formes pour performer sa glisse, la protégeait du froid des fonds.

Aussi, elle ondulait de plus en plus beau sous la surface comme s’il s’agissait d’une danse, un vol aquatique d’une fluidité qui la confondait avec son milieu. Courant d’eau, elle glissait vers les profondeurs. Aucune turbulence, aucun remous. L’eau l’animait, tandis que la terre la pétrifiait.

Enfin, elle apprit comment respirer l’eau, ce qui petit à petit sembla lui suffire ? Puis, peut-être, comme obtenir sa préférence ? Elle ne parlait plus. Quelques bulles sortaient parfois d’entre ses lèvres pour dire son ennui à un orque attentif, ou autre cétacé en mal de compagnie. En surface, la buée couvrait ses yeux. Comme un voile de tristesse ? Le voile que souleva Ben, pour qu’elle retrouve son sourire.


La probabilité pour
qu’elle croisa la route sablée de Ben, relevait d’un presque impossible. Mais le récit d’une légende peut se révéler improbable, et pas moins juste. Une piètre statistique peut lui apporter une matière poétique singulière, genre quantique et floue, adaptée pour affronter la vulgarité d’un quotidien et tenir au temps.

Ainsi, Ben Sémoua Ktu’ Kiff, un prince du désert qui n’aimait pas l’eau, dit « le lion fétide », dit aussi « le sang bleu déshérité »,  dit encore « la grosse fleur bleue », rencontra Louise Tusèquisé, une micmac du sud qui virait poisson.

Sous son chèche couleur de nuit, une épaisse couche de crasse. Enfant, déjà, le laver tenait de l’exploit. Et son père, émir du royaume du Kiff, piocha dans son harem une armée de battantes pour une fois l’an décaper son fils unique et chéri. Orphelin de sa génitrice, toutes les femmes de papa, 44, d’adoptèrent comme leur propre fils. Il se devait de sentir bon le jour anniversaire de la fondation du royaume. Ben se débattait comme un lion, et il puait pire qu’une hyène. L’odeur s’incrusta, un véritable tatouage olfactif. Un nez, un jour, missionné par l’émir papa, définit cette odeur comme un vague mélange de Nuoc-mâm, requin pourri et d’Amorphophallus paeoniifolius, ou Arum titan, une fleur (d’où le surnom se rapportant à une fleur, né du rapport circonstancié du nez). Les guerrières devaient recourir à mille astuces pour en venir à bout. Jusqu’à ce jour où une démocratie avec des gens propres et cravatés coupa la tête de son papa potentat. Ils enfermèrent Ben ado dans une école au-delà des mers, avec l’intention d’en faire un citoyen propre sur lui. Il s’échappa fissa, survola les eaux incognito, et trouva refuge dans le désert avec une armée de fidèles. Bizarre mais, principalement des femmes. L’harem à papa armé jusqu’aux dents. De le frotter partout avec force et stratégie, elles s’étaient attachées à leur boule puante. Elles lui vouaient une passion hors norme. Accros à son parfum limite émétique. Ben dégageait de sa personne de souche royale  comme quelque chose de fort, puissant, attachant.

Il fallait qu’il se cache entre les dunes, et qu’il y reste ? Tant mieux, il ne supportait que son désert avec tout son confort, la brûlure du soleil et les morsures des nuits glacées. Il savait boire l’eau précieuse avec économie. Il aimait dériver sur la mer de sable, un immense royaume qui finissait avec l’eau, la mer du sud. Eaux maudites par lesquelles débarquèrent les cravatés exilés par ordre de son père le jour où naquit Ben. Histoire de faire place nette à son héritier.


 

Dans son bac à sable géant,
avec sa meute de lions et hyènes soumis corps et âmes à son destin, il naufragea les marchands. Il piratait les voyageurs et expatriés démocrates. Ses envahisseurs et otages subissaient sa loi, remuante, mouvante, comme une vague de sable. Un prince indigo, sombre, libre et insaisissable, inlavable. Il montrait peu d’empathie envers son prochain qu’il tuait volontiers s’il advenait un défaut de rançon.

Avec le temps, tous les puissants du pays et voisins de frontières payèrent pour obtenir sa protection. Un nouvel impôt du au pouvoir déchu. On le disait sorcier, marabout, fils de la magie et proche de dieu, tous le redoutaient mais au-delà de la frayeur qu’il inspirait, il séduisait pourtant les plus pauvres, les plus sales. Les enfants adoraient prendre son nom à leur compte pour jouer, se déguiser avec tous ses attributs, et ne pas se laver comme leur prince déchu et héros des sables. Pour s’identifier à lui, ils portaient le chèche comme lui, drôlement plié et foutrement souillé. Et c’est ainsi, que Ben captura un jour dans son filet un étrange poisson.


Louise,
en livraison d’une livre de noisettes auprès d’un chef de guerre de la république démocratique du Kiff, traversait le désert à bord d’une caravane de 4X4 Yotota, super pick-up dotés d’un max d’options. De quoi plaire à Ben en mal de nouveaux dromadaires avec 32 soupapes, 4461 cm3, V8 et puissance de 286 chevaux. En vente chez tout bon concessionnaire Yotota.


Hors de l’eau,
Louise perdait pied, palmé. Elle livrait parce que la demande pressante ne supportait pas de délai. L’accoutumance ravageait les élites. Le manque de noisette dévorait tout cru les consommateurs fortunés. Maintenant, dans ce désert, elle respirait mal. Elle suffoquait. En pleine apnée en milieu désertique, elle frôlait la syncope. L’air asséché lui brûlait les branchies.

Après une courte poursuite, du piège en sable, et pas une goutte de sang versé, les mamans de l’émir fétide regroupèrent les otages. Ben remarqua de suite Louise. Il nota ses rubis, sa couleur de peau, presque rouge, son odeur saline, marine, ses yeux… voilés, mouillés, noyés dans une abyssale tristesse. Il constata que cette femme, d’évidence la reine de ce convoi, une reine comme nulle autre d’une beauté qu’il ne savait comment définir, comme poignante, qui submerge, que ce joyau sans prix, sinon celle d’une énorme rançon, succombait sous ses yeux. Et que pas de rançon possible contre un cadavre, tout sec.

Achille son plus fidèle guerrier, l’eunuque du harem dit la légende, savait comment y faire avec les femelles. Ben le laissa faire car n’y connaissait pas grand-chose, et lui confia cette mission de la sauver. Achille la mouilla abondamment, et condamna de fait tous les autres membres du convoi à mourir de soif. Tant pis pour les sous. Ils les abandonnèrent aux griffes et crocs du soleil. Ensuite, Ben décida d’accompagner seul Louise jusqu’aux frontières de son royaume. Il abandonna l’idée d’une rançon pour cette presque femme qui le fascinait au-delà de sa compréhension. Cela lui apparu, comme un message de nature extraterrestre, magique : Il la savait liée à son destin.

Une fois à destination, quand l‘embrun humidifie l’air, Louise pour remercier son prince ouvrit les noisettes à l’agonie. Elles libérèrent leurs ondes poétiques au nez et à la barbe et au chèche du prince déchu. Elles transpercèrent Ben de part en part, malgré la croute de crasse. Il les respirait à pleins poumons. Et, il s’évanouit. Il s’ensabla dans un songe merveilleux dans lequel Louise l’emmenait tout au fond des eaux violettes pour y trouver d’autres sables. Sa crasse épaisse, durcie mais souple, lui servait de combinaison. Elle résistait à l’eau. Le sel la fixait. Le froid ne pouvait la pénétrer en surface, comme en dessous. Ben et Louise s’accouplèrent sur un lit de sable sous les spots des noisettes curieuses, excitées, de ces épousailles hors du commun.


La mer,
brillait de mille feux quand Louise se précipita pour y trouver refuge et force. Ben se trempa les pieds pour mieux profiter de la vue, d’elle, nue, libérée, heureuse. L’effet lui parut étrange, car pas désagréable, frais. Louise aima dès cette seconde son prince crasseux. Son odeur si particulière ne la repoussa pas. Elle sortait de l’ordinaire. Elle fixait son attention, figeait ses papilles. Elle entêtait. Elle la possédait. Elle participait à la magie du personnage hors du commun. Une alchimie dont elle ne comprenait rien l’attachait à cet être sorti de nulle part. Et Ben abandonna son royaume, son harem, sa liberté, pour la suivre, car il sentait que dorénavant il ne pourrait plus jamais se passer d’elle, d’elle dans sa vie. Il n’expliquait pas. Il suivait son intuition, toujours. Il croyait au destin des êtres. Il ne fallait jamais aller contre. Son humeur positive réjouit Louise. Il la séduisit totalement, et réciproquement.

Ils se choisirent une île désertique en pleine mer du sud du sud, proche de la fosse des noisettes, pour y convoler incognito. Et elle lui apprit à nager en surface, puis onduler sous l’eau. Il s’en étonnait, mais il semblait doué. Et mieux, il aimait se mouvoir dans ce nouvel environnement. Il découvrit tout, et s’émerveillait à chaque apnée du spectacle. Cette vie là-dessous, il n’imaginait pas. Ces couleurs, cette lumière, la liberté hors pesanteur. Et incroyable, le désert ne lui manquait presque pas. Presque.


La jeune RDK
(République Démocratique du Kiff), se rappela à son souvenir quand le pouvoir politique vermoulu, en pleine décomposition démocratique, fit appel à une violence no limit pour contenir le mécontentement des moins favorisés. Soit 99% de la population du Kiff.

Achille chercha l’émir déchu à travers les mers. Il se devait d’aider ses ex-sujets qui le réclamaient, le suppliaient de revenir aux affaires du royaume. Et Achille, presque au pif, finit par le trouver en suivant la trace marchande des noisettes. Ben s’occupait de l’intendance pour éviter tout déplacement à terre de Louise. Elle lui avait enseigné comment ouvrir le coquillage. Doué, il excella dans sa nouvelle tâche de livreur-ouvreur.

 

 


Au début,
Ben le terrifiant, ou le malodorant, remportait bataille sur bataille. Il attaquait par surprise, piégeait l’ennemi. Les embuscades déroutaient les plus fin stratèges des armées suréquipées des démocrates. Mais bientôt, d’autres armées surgirent à travers le royaume, par delà la république, en provenance des continents qui abritaient de puissantes démocraties. Elles venaient au secours de la RDK pour assoir durablement le pouvoir d’un démocrate, à vie. Les alliés l’avaient choisi comme tel, viable et qui sait rendre service à qui de droit.

Des avions supersoniques poussèrent dans le ciel. Il pleuvait averse des missiles guidés par satellites. Des tanks et autres engins de mort d’une efficacité tuante remplirent le désert. Et quand Ben commença à enterrer ses mamans l’une après l’autre, il décida d’abandonner sa guérilla… et de se livrer. Un tribunal avec cravates et hermines, d’importation, se réunit pour le condamner en bonne et due forme à subir le même sort que son papa. Sa tête tranchée, s’exhala de lui une odeur géante et monstrueuse. Une lumière aveuglante, orange, accompagna le flux malodorant. L’Odeur envahit la république 4 jours et 4 nuits, et emporta avec elle toutes les autres odeurs d’épices, de fleurs, myrrhe et autres cajoleries à narines du royaume du Kiff. La RDK ne sentait plus rien qui vaille.


Bien plus tard,
un soir avec un grosse lune bien lourde, qui peine à s’élever au-dessus de l’horizon, de retour d’une vente dans une grande ville bien polluée, Louise rentra sur son ile achetée rubis sur ongle. Cette île désertique qu’elle avait choisie avec Ben sur le site :
«www.comment-bien-se-loger-quand-on-est-super-pété-aux-as  @kiff.com»

Des rubis, elle en portait à chaque doigt, au cou, chevilles, à la taille.  Et elle décida de plonger sans tarder. Besoin violent de mer, de s’abriter dessous.

Son majordome et factotum, Achille,

  1. « le sbire favori de Ben » dit la légende,
  2. « un eunuque » disent les orientaux.
  3. « un ancien amant » colporte une rumeur,
  4. « un camé de son sexe » rapporte un magazine people,

l’aida à s’équiper juste avant qu’elle plonge. Il la suivit du regard comme toujours il faisait, juste avant qu’elle disparaisse comme « gobée par l’océan ». Ainsi le précieux Achille raconte. Et jamais, il ne la vit refaire surface.


 

Pendant 4 semaines,
des recherches furent organisées. Les férus-accros-malades de la noisette financèrent des expéditions à foison. Aucun corps ne fut repêché aux environs. Alors, des centaines de plongeurs furent engagés afin de chasser la noisette. Et, ils revinrent tous bredouilles. Que nenni de noisettes en bordure de la fosse du même nom. Ils ne voyaient rien ou, pour les meilleurs, doués d’imagination, que l’obscur rempli de poissons fantômes.

Assez vite, on compta nombre de suicides parmi des riches trop addicted. On réquisitionna des armées de psy afin de localiser l’origine du mal, pour s’en faire un mauvais souvenir. Ils ne surent qu’énumérer des symptômes, et supputèrent sans jamais conclure. Personne ne guérit. Les très très riches périssaient. Les tourmentait un manque tempétueux et destructeurs. Autant physique que psychique. Un manque de sens, de lumière, d’espérance. Manque de vertige ? Un vide qui attirait tous les manques. Au cœur de leur existence sans plus aucune perle orange, prenait place au centre du centre de tout, comme une boule, une bouche, un vide aspirateur de toute inspiration de vie. Un trou noir, d’encre, qui noyait les mots de l’être.

J’écris tout ça à tâtons, parce que la légende ne dit pas tout.


 

Jusqu’à ce jour où,
une fois, une seule fois dit encore la légende, un pêcheur et pompier micmac trouva dans son filet une sorte de dame bien jolie – mais je demande toujours à voir - aux écailles de rubis qui couvrait son corps en damier de la tête jusqu’à sa queue, palmée-fibrée de nacre et coraux, et dont il apporta une description du visage tellement précise que d’aucuns reconnurent les traits de Louise Tusèquisé.

Il coupa la tête de l’animal marin et, sur la plage, il vendit le corps débité en filets à des japonais gourmets. Emballez, c’est pesé. Pour un bon prix. La chair était bonne, paraît-il. Une viande bien rouge, moelleuse, qui fond et jute dans la bouche, la sale avec un poil d’épice, presque piquante avec un arrière goût prononcé de noisette et d’émir. Néanmoins, il aurait fallu que je goûte pour m’en assurer.  

Alors, la légende de la sirène rouge et de l’émir fétide, voyagea de port en port pour s’infuser dans tous les esprits marins. Son effet poétique - traces des perles oranges ? - bouge les pensées, mouvemente des idées et images, bouscule les mots. Et titille les papilles. Dont les miennes, ce soir, ventre vide, à vous écrire cette légende.

Ecrire poétique quantique et flou, trop flou, ne paye plus…