Extraits de « Mon papa et puis, Moi » 2001 – non publié.

 


Extrait 1 :

« Il s’est étouffé, n’a pas trouvé l’air, bouché par une saleté de sale blague comme la vie sait si bien faire. Elle a du passer par le mauvais tuyau, au lieu d’être digérée, et chiée comme elle le mérite. Il était trop faible pour tenir tête. Sa tête depuis un certain temps n’allait que dans le désordre. Je vais écrire sur mon papa avec ce désordre, qui est le mien, aussi. Mais je choisis ce désordre comme je l’entends. Comme je l’entends encore chez mon père.

 

Il crie au "secours !", il veut s'échapper de chez lui et frappe ma mère, me crache au visage, s'accroche à la grille, insulte injure violente la vie. C'est totalement atroce. Cette trace sur mon visage, son fils. Ego ridé par l'acide. Je pleure dans ce sillon et je plante mes mots.»

 

 

 

Extrait 2 :

« Il aime caresser la pierre, le papier, avec son petit doigt levé. Petit, de loin, je me moque du tic qu'il m'arrive aujourd'hui de reproduire...  Sur la plage il ramasse des galets énormes, des sacs de sables. Il fait son chantier chez nous. Maman nettoie comme elle peut. Il ne s’embarrasse pas du quotidien. On dit dans son dos, qu’il est très chiant. Il vise l’universel, l’infini, un truc hors de lui qui encore lui échappe, lui glisse d’entre les mains. Fils de rien ou de presque personne, il recherche une paternité, une maternité, hors du commun.

Là, il prend la terre. Il prend l’air, l’espace, des volumes une courbe le trait. Il prend pleines mains et plein les yeux et plein ses sens. Il prend jusqu’au vertige. Il prend la vie. Il aime jouir. Il aime l'énergie monstrueuse de la vie. »

 

 

 

 

Extrait 3 :

« ... Et puis j’ai pleuré derechef en retrouvant mes pinceaux à mon atelier. Pleuré avec des grimaces que j’ai pris en photos pour me faire honte. Je déteste perdre le contrôle de moi. Je me déteste comme ça : humain, mortel, seul, pitoyable. J’ai cherché les derniers tubes de mon papa, dernières brosses, ce qui me reste de lui, de lui vraiment.

 

Un bleu de Prusse, une terre de sienne brûlée, deux pinceaux dans un sac plastique, dans la poche de ma veste, que j’ai pour idée de jeter dans sa dernière terre, de rien. Idée bête comme je cumule ces dernières heures depuis que papa n'est plus. La terre mangera tout ensemble. Ne va pas digérer ? Un renvoi possible ? Il faudra qu’elle digère mon père et sa chimie, et sa magie, et sa folie, et sa violence, tout. Je veux lui rendre difficile sa tâche.

La dernière fois que j’ai vu papa (il y a trois semaines, un dimanche) je lui ai parlé de ce bleu de Prusse qu’il utilisait beaucoup. Ils utilisaient encore plus les terres de siennes, naturelles ou brûlées.

Je lui disais « bleu de Prusse » tout en fixant un de ces poissons, un vert, un vert avec dedans du bleu de Prusse et des jaunes chrome, clair et foncé. Je répétais la couleur, les mots qui la compose. Je les clouais dans son crâne tout abîmé.

Secrètement, j’espérais encore qu’il m’entende. J’espérais encore que son cerveau avec dedans le génie de la vie, à coup de baguette magique sur le chapeau - ABRACADABRA ! - lui fabrique une babiole de conscience et qu’avec, il remonte d’un seul trait à la surface, un beau trait façon papa, et qu’il entende mon « BLEU DE PRUSSE! », et papa qui me voit, m’entend, me dit tout ce qu’il ne m’a jamais dit. »

 

 

 

 

Extrait 4 :

« Encore de l’hôpital. Mon papa va de mal en pis depuis longtemps. Pourtant... Enfant, petit, je voyais les choses très grandes. De mal en pis les affaires, la fuite des créancier, la créativité mise à mal, et puis l’accident du cerveau, parce que la corps négligé, alcool, coups de colère à foison, n'importe quoi en série, jusqu'à l’explosion à répétition et la fuite du sang, la tuerie des neurones, le mélange des mémoires, la furie, et la vie pas facile qui remonte en surface, des noeuds de partout indémêlables. 

 

Autour, nous ne trouvons plus l’accès. A travers un pareil désordre, on suppute, on espère, on croit par endroit qu’il saisit nos mots, nos visages, nos regards. »

 

 

 

 

Extrait 5 :

« Je lis une lettre de mon papa écrite à ma mère alors que je n’étais peut-être pas encore né (elle n’est pas datée).

Maman me l’a confiée parce que dans cette lettre là, il parle de peinture et d’un tableau que je n’ai jamais vu. Maman me dit qu’il y en a plein d’autres de ces lettres qui parlent de tout et de rien et qu’il écrivit en abondance quand séparé de ma mère par son travail, par l’armée, par les circonstances, des lettres qu’elle pourra aussi me prêter.

Et je découvre un papa tout naïf, en plein dans une période narrative et symbolique, qui ne ressemble à rien de ce que je connais, moi, de sa peinture. Il parle de nature, homme et femme « enlacés » qui poussent sur la terre comme des plantes, « baignent ensemble dans la couleur du ciel », comparent l’atmosphère qui protège du soleil, avec la pudeur « voile nécessaire à l’intelligence de l’homme », je suppose parce qu’elle protégerait des émotions trop fortes ???

Il parle de l’influence de la lune, de « pellicule de sensualité », associe lune et soleil dans la construction d’un « balancier d’horloge qui fractionne les heures et les minutes ».

Et puis il cite les couleurs que je lui reconnais, celles auxquelles il est resté fidèle jusqu’à son dernier tableau. C’est confus, tendre, et de mon point de vue, étrange, émouvant. Et je me désespère de n’avoir pas su, pu, partagé plus de nos couleurs communes.

 

J’ai peint à mes débuts avec cette même candeur, une envie de dire avec poésie, ardeur, pseudo-science, dire beaucoup et confusément mon sentiment de vie, un sentiment énorme, gros comme ça (je pense mon geste aussi large que possible). Tout ce que mon père ne m’a jamais dit, par « pudeur », je sais que la peinture me l’aurait appris, notre peinture dévoilée, exprimée, débridée, partagée.

 

Ma peinture toute seule est devenue d’un coup absurde, totalement absurde, et... hors sujet, embarrassante, à m’amputer.

Et ma peinture est comme ma vie. Je sais que personne ne peut saisir cela, parce que je ne vends pas, ou que ce "personne" en grand nombre trouve ma peinture comme nulle, l'indiffère. Je le sais, mais n’empêche.

Et je sais en perdant mon papa pourquoi je suis ainsi, entier dans ma peinture, à respirer en elle, à vivre par elle. Et qui ne rentre pas en elle, ne peut me rencontrer.

Cela m’est clair, malgré l’obscurité. » 

 

=> Vers salle avant 1963

=> carton d'invitation et critiques de la dernière exposition de HuguEs POignAnt

=> Reconnaissance du designer : PRIX du salon du meuble de LOndres - 1975

=> archives 1 : écritures manuscrites, pa malade, man qui rassure et presque illisible

=> archives 2 : courrier de pa 1995 en mal de reconnaissance, de peinture, de raison.

=> Vers ma bio : né en 1963

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